La chimiothérapie racontée par un accompagnant de malade – La préparation juste avant l’injection

Dans le précédent article consacré à la manière dont se déroule la chimiothérapie, nous avions vécu l’arrivée dans le lieu où vont se faire les injections. Pour ne négliger aucune étape, vous l’aurez compris à travers les 4 articles précédents consacrés à la manière dont se passe une séance de chimiothérapie, j’ai préféré découper le moment en séquences, en focalisant sur différents aspects qui me paraissent utiles à faire connaître. Ici, nous allons nous intéresser aux moments qui vont précéder l’injection.

ArticleChimio_PrepaAvantInjection

Ca y est, vous êtes désormais dans la pièce où se déroulera l’injection (le box individuel ou la salle collective). Votre malade va s’installer : se déchausser, s’allonger sur le lit médicalisé, se mettre dans la position la plus confortable (je ne peux pas écrire « se mettre à l’aise », ce serait inapproprié au lieu et au moment vécu). C’est le moment de ranger dans un coin ses affaires, de mettre à sa disposition toutes les petites choses qui vont l’accompagner pendant l’injection : son téléphone, sa tablette, sa revue ou son livre, son chapelet pour certains, le dessin des enfants, ses écouteurs pour sa musique préférée ou son enregistrement de relaxation… bref tout ce qui lui permettra de penser à autre chose que ces liquides qui vont passer dans ses veines.

Avec mon épouse à l’époque, nous avions un rituel : prendre une photo ensemble avant chaque injection, histoire de se remémorer plus tard ces moments difficiles et de se souvenir alors que nous étions ensemble pour ce combat. Emotion en y repensant, puisque d’autres aléas de la vie nous ont séparés; il en reste un bel album et des souvenirs forts. Cette anecdote sur le rituel simplement pour vous dire qu’il vous appartiendra de trouver le vôtre, ou pas d’ailleurs, et que ça fait partie des instants d’avant injection.

Un personnel infirmier arrivera quelques minutes après, avec un chariot de soins, et vous demandera de sortir quelques instants, le temps qu’il (elle) pose une voie pour les injections. Vous irez alors faire un tour dans le couloir ou plus loin. L’infirmier(ère) porte alors un masque  et des gants, le temps de cet acte médical. Comme il s’agit d’un geste médical invasif, donc avec risque infectieux, c’est pour cela que les précautions sont prises. Votre malade est alors « piqué », directement dans sa chambre implacable, c’est à dire le cathéter. La forme de l’aiguille est un peu impressionnante, mais si le malade a bien pensé à poser son patch à l’endroit du port-à-cath (cf. article précédent), ce sera quasiment indolore. Poser une voie, en termes moins médicaux, c’est relier, via l’aiguille dans le port-à-cath, une veine avec le tuyau par lequel passeront les injections. Le tuyau comportera à un endroit plusieurs voies (un peu comme un aiguillage, qui permettront de relier plusieurs poches : notamment une pour la préparation qui va effectuer le « rinçage » avant et après chaque produit de chimiothérapie (c’est du chlorure de sodium, NaCL pour ceux qui se rappelent les cours de chimie du lycée); et une autre pour la poche de médicament. J’essaie de faire vulgarisé, j’espère que c’est compréhensible; pour ceux qui souhaiteraient en savoir plus sur la pose de voie veineuse périphérique, les tubulures, les solutés administrés et leur utilité, je les renvoie à la page du site infirmiers.com qui explique bien tout ça.

Le tuyau principal est relié à une grosse seringue positionnée sur un appareil électrique. Cet appareil va « pousser », à une vitesse réglée selon les indications du médecin, les liquides vers le sang du malade. L’infirmier(ère) passera d’une injection de produit à une autre en ouvrant et fermant des petites molettes (un peu comme des robinets qui vont s’ouvrir et se fermer. L’infirmier(ère) réglera le débit directement sur l’appareil. Plus tard, vous accompagnant, pourrez jouer un rôle en vérifiant que le liquide coule bien (les gouttes tombent dans le tuyau) et en prévenant le personnel infirmier si ce n’est pas le cas, qui viendra actionner ces molettes.

Précision également : l’appareil qui « pousse » le produit est électrique. Il faudra donc s’assurer qu’il est branché. Il est prévu pour fonctionner aussi avec une batterie. Cet appareil émet des bruits : quand il n’y a plus de produit, il sonne pour annoncer la fin de l’injection du produit qui passait. Ce bruit attirera l’infirmier (ère) qui viendra soit changer de produit (de poche), soit effectuer les actes qui vont mettre fin à la séance (abordé dans un autre article relatif à la fin de l’injection). Il peut arriver qu’avant le terme de l’injection, l’appareil se mette à sonner. Ne pas s’affoler, le personnel infirmier viendra vérifier. Ce peut être le cas par exemple quand l’appareil n’a pas été rebranché, et que, fonctionnant sur sa batterie, il alerte avant que celle-ci soit déchargée.

Une fois que votre malade est piqué, et que les tuyaux sont en place, commencera une petite attente. En effet, dès que vous êtes entrés dans le service à la sortie de la visite avec l’oncologue, l’infirmier (ère) qui vous a accueillis a fourni les indications du protocole personnalisé de soins aux pharmaciens préparateurs situés dans une autre pièce séparée par une vitre. C’est évidemment un milieu stérile, les pharmaciens (vous les voyez) portent des masques et manipulent les produits, qu’ils préparent pour l’injection. Chaque poche est ainsi personnalisée en fonction des dosages inscrits dans le protocole de soins. Il faudra donc attendre que ces produits soient prêts. C’est alors un(e) infirmier(ère) qui viendra installer les poches. Il (elle) les installera donc sur le portique situé près du lit (les liquides s’écoulent par gravité), et commencera à brancher la poche par laquelle vont commencer les injections.

Pendant ce temps d’attente, vous êtes déjà dans votre rôle d’accompagnant : vous montrerez le visage le plus serein possible, rassurerez si besoin votre malade et l’aiderez à se préparer aux injections. A patienter aussi, si l’attente est un peu longue.

J’allais oublier : lorsque le personnel infirmier est venu piquer le malade, il lui aura demandé (et si d’un séance à l’autre il omet de le faire, vous pourrez vous-même lui rappeler, en fonction des souhaits exprimés par votre malade) s’il (elle) souhaite avoir les moufles de glace et le casque. Qu’est-ce que c’est, et à quoi ça sert ? Est-ce utile ? J’essaie d’y répondre. Il s’agit de moufles remplies de glace, qui peuvent être placées, s’il (elle) le demande, sur les mains et / ou les pieds du (de la) patient(e) pendant l’injection des produits chimiques. Elles sont plutôt mieux adaptées aux mains qu’aux pieds d’ailleurs, et des scratchs permettent de les maintenir serrés (ces attaches n’étant pas toujours très efficaces, les moufles peuvent tomber. Vous pourrez alors vous-même essayer de les enfiler à nouveau sur votre malade, ou faire appel au personnel de santé, qui est habitué et trouvera la solution pour les maintenir en place). Le casque est, lui, une sorte de bonnet, un peu comme ceux que portent certains rugbymen pendant leurs matchs. Là encore, ils contiennent de la glace. L’utilité ? Les produits de chimiothérapie agissent dans l’organisme, circulent dans le sang, et ont tendance à aller se loger aussi dans les extrémités du corps (les mains et pieds qui sont des terminaisons, et la tête). Ils vont alors provoquer la fragilisation des ongles (d’où l’évocation, dans un des articles précédents sur la préparation quelques jours avant l’injection des produits pour durcir les ongles, vernis sombres pour les dames, …) et à les colorer (les jaunir notamment, d’où le vernis sombre pour masquer cela) et activer la perte de cheveux (cf. l’article du blog sur la perte de cheveux). La glace va donc agir, en refroidissant au maximum ces terminaisons, pour retarder ou au mieux éviter ces effets secondaires.

Faut-il accepter ou refuser les moufles et le casque ? Je n’ai pas de réponse certaine; je conseillerai d’essayer la première fois, et le (la) malade saura lui-même s’il les supporte ou non, et s’il décide de faire confiance à leurs effets annoncés. Dans le cas de mon épouse, elle avait accepté les moufles (mains et pieds) mais n’avait pas pu garder plus de quelques minutes le casque sur la tête, qui lui faisait mal et qui était trop froid, la mettant vraiment mal à l’aise. Son avis, conforté par l’expérience du personnel infirmier était que le casque ne fait que retarder juste un peu l’inévitable chute de cheveux. Donc, une efficacité limitée. Celle des moufles sur les ongles est davantage convaincante, si elle est associée aux autres mesures de prévention des effets secondaires. Mais imaginez quand même combien ça peut être désagréable voire douloureux (à un moment où d’autres douleurs peuvent apparaître) d’avoir les pieds et la main dans de la glace.

Le confort du (de la) malade est important. L’injection est loin d’être un moment anodin. Elle va solliciter son énergie, ses ressources, le (la) fatiguer déjà. Il est donc important que le (la) malade soit installé(e) le plus confortablement possible. Et que mentalement il (elle) soit également le plus détendu possible. Vous, proches, devrez y contribuer du mieux que vous pouvez. A ce stade, nous sommes encore à la préparation, l’injection n’a pas encore commencé. Ce confort préalable est important parce qu’il met déjà le (la) malade dans les meilleures dispositions. Le confort est physique (la bonne inclinaison du lit, la présence à portée de main des petites choses indispensables, la présence de l’oreiller au bon endroit, …). Il est aussi mental : c’est déjà le moment où votre attention, votre discrétion, votre calme, vos mots justes et pensées positives favoriseront la quiétude du (de la) patient(e). Ce n’est pas du tout évident, je sais pour l’avoir vécu qu’on n’y arrive pas toujours mais qu’on fait de son mieux. Soyez juste vigilant à ces aspects.

Et vous, comment vivre cette attente ? Détendez-vous, faites la conversation avec votre malade, commencez la lecture du livre ou de la revue que vous avez amenés, … Restez présents si possible jusqu’à ce que les poches de médicaments arrivent. Mettez-vous dans l’état d’esprit que cette séance a déjà commencé, et que vous pourrez la rayer du nombre total de chimiothérapies prévues. Soyez aussi attentif à vous, à la manière dont vous vivez les choses, aux besoins que vous ressentez, aux sentiments qui vous traversent. Vous pourrez plus tard échanger avec des soutiens (amis, proches, psychologue, …) pour « faire sortir » ce que vous vivez à ce moment. Bref, écoutez-vous, en gardant toujours à l’esprit, je me répète au fil des articles, que mieux vous irez, mieux vous serez utile à votre malade.

Voilà pour ces moments qui précédent l’injection elle-même. Dans le prochain article, nous aborderons cette étape centrale de la séance, le « vif du sujet ».

En attendant, n’hésitez pas à réagir à cet article, j’ai besoin de vos retours. Laissez moi vos commentaires, vos critiques, vos ressentis, vos propres expériences. Corrigez-moi, complétez si nécessaire. Et si cet article vous a plu et que vous pensez qu’il peut intéresser d’autres personnes, n’hésitez pas à le partager par mail ou via les réseaux sociaux en utilisant les boutons prévus à cet effet sous l’article. Vous pouvez également me laisser un message via le formulaire de contact.

Merci de votre attention et à bientôt pour la suite des articles consacrés à la chimiothérapie.

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