Comment j’ai raté ma participation à l’édition 2016 d’Odysséa et comment je réussirai celle à l’édition 2017

L’édition 2016 d’Odysséa Réunion a été à nouveau un énorme succès. Records battus en termes d’inscrits (entre 17000 et 20000, ai-je lu dans la presse ce jour, la Réunion se plaçant ainsi derrière Paris en termes de participants, ce qui est énorme, si on le rapporte notamment aux chiffres de population). Record de dons avec plus de 125 000 euros annoncés hier (sachant qu’en 2015, les 120 000 euros annoncés ont été finalement 135 000 euros). Une couverture médiatique comme toujours à la hauteur de l’événement. Et surtout une organisation particulièrement rodée, fruit du travail acharné de la Présidente Nathalie Bourcier, du Directeur Luc Bizouerne, de tout le staff, et de tous les bénévoles (250, de mémoire) mobilisés depuis des semaines, sans doute même des mois, pour faire de cet événement majeur une grande réussite. Au-delà des chiffres, c’est la lutte contre le cancer du sein qui gagne quand Odysséa réussit. C’est le dépistage. Ce sont toutes les actions, menées ou financées par Odysséa pour le bien-être et l’amélioration des conditions des malades, qui sont permises par la générosité portée par tous les participants.

Je suis Odysséa réunion chaque année depuis 2013 (année où la vie m’a confronté, en tant que proche, à la réalité de cette maladie que je ne connaissais que très peu et de très loin). J’ai toujours été émerveillé et profondèment ému par la mobilisation des réunionnais qui forment, édition après édition, une vague rose toujours plus dense et plus haute, sur laquelle peuvent surfer l’espoir, l’audace, la sensibilisation, la communication, le soutien, et tant d’autres choses qui font avancer la lutte contre le cancer du sein.

Cette année, ce succès collectif me console d’un échec personnel : J’ai raté ma participation à l’édition 2016 d’Odysséa.

D’abord parce que je me suis inscrit à la course de 10 km, que je me suis entraîné longuement et seul (même si j’ai démarré tardivement), dans des conditions pas toujours faciles en termes d’organisation personnelle. Depuis hier, quand on me demande comment ça c’est passé, je réponds ceci : « J’ai mis 1 heure…. 1 heure à décolérer contre moi-même de n’avoir pas pu prendre le départ « . En effet, après avoir fait participer mes 3 petits garçons aux courses enfants, j’ai rejoint des amis avec lesquels nous avions convenu de nous organiser pour nous occuper des enfants lorsque les uns et les autres seraient sur les épreuves. Sauf que nous (je dis nous parce que je suis le premier responsable et que je ne suis pas du genre à chercher chez les autres les causes de mes malheurs) avons très mal calculé notre coup : je me suis retrouvé seul à surveiller les enfants pendant la marche des 5 km, et bien entendu le temps était trop court entre le 5km marche et le 10 km course pour que mes amis aient le temps de revenir et que je puisse prendre le départ. Franchement, c’est ballot !

J’ai donc passé ce temps d’attente entre colère intérieure, dépit, découragement. Et même si je ne regrette pas d’avoir pu voir s’amuser les enfants que je surveillais, j’ai eu du mal à apprécier ces instants. Comme j’ai eu du mal à « être dedans », à vivre toute l’ambiance fantastique de l’événement, à apprécier l’engouement et la joie de tous les visages anonymes autour de moi, à rester concentré sur la cause défendue par cet événement (à revenir à l’essentiel finalement), à penser finalement que derrière chaque t-shirt rose, il y a une histoire construite autour de personnes connues de près ou de loin et qui luttent ou ont lutté contre le cancer du sein. Voilà déjà mon premier échec : j’étais là sans être là. Pas dedans.

Ensuite, je suis aussi passé à côté d’Odysséa 2016 parce que je n’y ai rien vu. Mobilisé sur ce « children-sitting », je n’ai pas pu profiter des rencontres intéressantes que j’aurais pu faire là. Les photos de l’organisation ou de la presse me montrent tout ce que j’ai raté, toutes ces associations, organismes, personnes, que sur les différents stands j’aurais pu croiser et qui m’auraient inspiré pour partager sur ce blog toutes les initiatives pour la lutte contre le cancer.

Mes amis étaient bien sûr navrés pour moi, mais j’ai banalisé et minimisé ma déception pour qu’ils ne culpabilisent pas.

Plus profondément, ma participation à cette édition, je l’ai ratée aussi parce que je l’ai vécue dans des conditions bien différentes des précédentes. En 2013, 2014 et 2015, nous y allions en famille et en grand groupe d’amis. J’étais dedans pleinement, en tant qu’époux d’une femme malade du cancer du sein, qui à force de courage et de détermination à vivre a vaincu deux fois la maladie et qui est en rémission maintenant; en tant que père de 3 enfants qui ont vécu et surmonté les épreuves qu’on voudrait tant qu’ils ne les aient jamais vécues; en tant que proche qui a accompagné chaque jour pendant 3 ans et qui a vécu ce quotidien du cancer.

Cette année, dans un contexte tout à fait différent (puisque pour ceux qui me suivent depuis la création du blog, vous savez que je suis maintenant séparé), j’ai ressenti une immense solitude, paradoxalement au milieu d’une foule si nombreuse. Les motivations de ma présence n’étaient, par la force des choses, plus les mêmes.

Ayant depuis des mois mis à l’épreuve ma résilience du fait de toutes les difficultés à surmonter, et m’attachant toujours à chercher chez moi plutôt que chez les autres ou dans les circonstances les causes des déboires de la vie, j’ai mis finalement en pratique, après le temps de « digestion » de ma déception, ce qui me semble le plus utile dans pareille situation : analyser  tirer les leçons, réfléchir et rebondir.

Et au réveil ce matin, la « lumière » est apparue assez rapidement et me permet d’affirmer que, quoi qu’il arrive, que je coure ou pas mes 10 km l’année prochaine, ma participation à l’édition 2017 sera réussie.

Premièrement parce que d’ici-là j’aurai redéfini mon « pourquoi » : Pourquoi et pour qui je suis là ? quel est le sens de ma présence ? Qu’est-ce qui me motive ? C’est dans la cause pour laquelle je me suis investi, notamment à travers ce blog, la cause des proches de malades du cancer, que je suis certain de trouver la réponse, le sens.

Je réussirai mon édition 2017 aussi parce que j’aurai aussi revu mon « comment », notamment grâce à une idée qui m’est venue dimanche matin. Une idée folle bien sûr, mais sans doute pas irréalisable : et si en 2017, il y avait une équipe « prochesetcancer.com » ?

Une tirade du Cid m’a traversé l’esprit et m’a fait sourire : « Nous partîmes 500, et par un prompt renfort, nous nous vîmes 3000 en arrivant au Port ». Pour l’instant, je pars seul. Je ne sais combien on sera en novembre 2017 pour arriver à l’Etang-Salé (certainement pas 3000), mais je m’emploierais à mobiliser.

Un vrai défi, parce que tout est à faire : aujourd’hui, je ne vais pas vous mentir, ce blog ne compte qu’un peu plus de 1700 visites en un an, très peu d’abonnés à la newsletter. Son référencement sur Google est faible. La page Facebook créée récemment n’a que très peu de followers (bien serrés, on doit pouvoir les faire tenir dans deux cabines téléphoniques, pour peu qu’il en reste encore). Mais voilà un challenge à relever : développer tout ça en un an; améliorer le référencement; créer du contenu en quantité et en utilité; faire connaître le site et la page Facebook; essayer de proposer d’autres choses, au-delà des articles. Et notamment donner envie de constituer un groupe, une équipe de proches qui sous la bannière du site marcherait et courrait en 2017 pour Odysséa.

Enfin, m’être entraîné pendant deux mois, après plus de 10 ans voire 15 ans d’arrêt de pratique régulière du sport, me donne envie de poursuivre, d’améliorer mon temps. Quand j’aurai commencé et réussi à rester régulier, je partagerai mon objectif de temps, en précisant d’où je pars. Il y a de cela bien longtemps maintenant, ce type de défi personnel m’avait permis de courir et terminer le semi-marathon de Nîmes. Avec la volonté, on peut tout. Des centaines et même des milliers de malades du cancer nous le démontrent tous les jours. C’est cet essentiel là auquel il me fallait revenir. En prenant conscience de cela, finalement ma participation à l’édition 2016 n’est pas complètement ratée…

Comme d’habitude, j’ai besoin de votre feed-back, de vos commentaires, de vos critiques, de vos partages si vous avez aimé cet article. Si vous avez dans votre entourage des gens qui vous semblent concernés par ce blog, qu’ils soient à la Réunion ou ailleurs, n’hésitez pas à leur faire connaître le site, à leur conseiller de s’abonner à la newsletter et à les inviter à suivre la page facebook.

Faites moi savoir si cette idée d’une équipe « Proches et Cancer » en 2017 vous semble intéressante ou saugrenue.

A bientôt. Et n’oubliez pas d’aller sur le site web de Run Odysséa ou sur leur page Facebook pour découvrir les photos de l’édition 2016.

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    2 pensées sur “Comment j’ai raté ma participation à l’édition 2016 d’Odysséa et comment je réussirai celle à l’édition 2017

    • 8 novembre 2016 à 3 h 24 min
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      Bel article Jean-François, qui m’a bcp touchée ! L’année prochaine on prévoit une garderie pour enfant
      Je partage Et j’aimerai tant que de nombreux conjoints et proches des malades te rejoignent ….

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      • 8 novembre 2016 à 11 h 22 min
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        Merci Nathalie.
        Bonne idée la garderie. Une suggestion aussi : comme beaucoup de parents s’affolent à l’arrivée des courses enfants (oups, j’en faisais partie), en se précipitant pour les retrouver, bien que les bénévoles les rassurent et les encouragent à faire leur tour pour les récupérer; et comme certains enfants s’égarent quelques instants à l’arrivée (en témoignent les nombreuses annonces au micro samedi); il faudrait peut-être aménager un coin « récupération » après la remise des sacs, pour ceux qui sont trop petits pour se repérer et retrouver leurs parents à un point de rendez-vous. Et leur passer la consigne à la remise des sacs (pour les 5-6 ans par exemple), de rester à cet endroit fixe.
        Pour le blog, je suis infiniment reconnaissant à Run Odysséa. Depuis que vous en avez parlé et que vous relayez les publications, la fréquentation a bondi. Se faire recommander par une organisation aussi sérieuse et dont la notoriété est si importante est un honneur.

        Répondre

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