A propos

Et toi, comment tu vas ?

Bienvenue sur le blog Proches et Cancer, qui s’adresse aux proches de malades du cancer et ambitionne… « d’accompagner les accompagnants » dans le difficile chemin de la vie aux côtés d’une personne atteinte de cette terrible maladie.

Pourquoi ai-je intitulé cet article d’accueil « Et toi, comment tu vas ? ». Parce que cette phrase simple est pourtant forte de sens et résume assez bien l’objectif de ce blog.

En janvier 2013, mon épouse, alors âgée de 34 ans, a été diagnostiquée d’un cancer du sein agressif. Pour elle, pour nos 3 enfants en bas-âge (à l’époque, nos jumeaux avaient 3 ans et 3 mois, notre petit dernier seulement 17 mois), pour nos proches et pour moi, la vie n’allait plus jamais être comme avant. Parce que cette terrible maladie n’atteint pas que le malade; comme un puissant tsunami, elle emporte avec elle tout l’entourage, qui doit rester la tête hors des vagues et s’accrocher autant qu’il est possible pour ne pas se laisser emporter, ne pas sombrer.

Début juin 2014, donc 16 mois plus tard, mon épouse en avait terminé avec l’ensemble des traitements. Quelques mois auparavant, un nouveau diagnostic post-traitements avait généré un soulagement : « Rémission complète ». Il fallait alors ré-apprendre à cheminer vers une certaine « normalité » de notre vie familiale.

Nous pensions alors que « la foudre ne tombe jamais deux fois au même endroit ». Le bilan annuel avait d’ailleurs confirmé cette issue heureuse. Jusqu’à ce que d’inquiétants symptômes conduisent à de nouveaux examens et que le mot « Récidive » nous replonge dans le tourbillon. Avec la difficulté cette fois de connaître le chemin par lequel il faudrait repasser. Et avec l’angoisse à la fois quant au résultat, la récidive augmentant l’inquiétude; et quant à nos capacités à aller chercher à nouveau en nous les ressources déjà tant sollicitées la première fois.

Ce second combat a été gagné, puisque la rémission est à nouveau là (fin des traitements en septembre 2015).

Mais que de dégâts, physiques, psychologiques, pour nous tous, après ces deux tsunamis !

Dans ce parcours compliqué, j’ai pu me rendre compte que les malades du cancer, à notre époque, bénéficient d’un accompagnement de grande qualité. La prise en charge médicale et paramédicale, la qualité et l’efficacité des traitements, les soins de supports, le suivi psychologique… Beaucoup de choses sont faites en milieu hospitalier pour amener le malade vers une issue heureuse et l’aider à traverser toutes les épreuves du mieux possible. Beaucoup de choses sont faites aussi par le milieu associatif impliqué dans la lutte contre le cancer.

Or, j’ai ressenti que les proches, pourtant si importants dans toutes les épreuves à affronter, étaient plutôt livrés à eux-mêmes et devaient connaître des grands moments de solitude.

Le malade du cancer se concentre sur un objectif : rester en vie. Le temps s’arrête pour lui, et il doit rassembler toutes ses forces pour un combat inégal qui l’amènera à se surpasser. Pour l’accompagnant, la vie ne s’arrête pas. Au contraire, elle doit continuer : s’occuper des enfants, travailler, gérer le quotidien, aider son malade, … Lui aussi mène, souvent seul, des combats sur plusieurs fronts. Il s’interdit de fléchir parce que sur lui repose à la fois la continuité d’une vie plus ou moins « normale » pour tout le foyer; et une bonne partie de la sérénité indispensable au malade pour gagner son propre combat.

Seulement 6 mois après le début de ce « parcours des combattants », j’ai entendu cette phrase simple : « Et toi, comment tu vas ? ». Je ne parle pas ici de la formule classique , empreinte de banalité, que l’on prononce quotidiennement quand on vous serre la main ou qu’on vous fait la bise, du « bonjour, comment ça va ? » classique qui n’appelle finalement qu’une réponse tout aussi vide de sens, machinale, mécanique, que la question posée. Non ! Au bout de 6 mois, j’ai entendu pour la première fois une question qui voulait dire « je m’intéresse à toi. Je comprends que ce que tu vis est pénible, compliqué, épuisant physiquement et moralement. Comment te sens tu par rapport à tout ça ? ». Inutile de dire qu’à ce moment, pour la première fois, les frissons traversent le corps et les larmes roulent dans les yeux. Je serai à jamais reconnaissant à la personne qui a prononcé ces mots d’avoir ainsi pris conscience de l’importance à accorder à l’entourage du malade; et d’avoir déclenché ma « rage » de servir désormais cette cause.

En créant ce blog, je veux exprimer la même sincérité et le même intérêt pour les maris, les femmes, les enfants, les parents, les proches, les amis… tous ceux qui, en situation d’accompagnement de malades du cancer, ont besoin qu’on leur demande « Et toi, comment tu vas ? ».

Ce blog est là pour informer toutes ces personnes sur le parcours qu’elles auront à effectuer, pour leur procurer des ressources, les aider à se préserver et prendre soin d’elles, partager des expériences, conseils et témoignages, et les valoriser en tant qu’aidants.

Pour qu’on n’oublie pas que dans le jeu d’échecs contre la maladie, ils sont une pièce maîtresse.

J’espère que vous aurez autant d’intérêt à découvrir le contenu de ce blog que j’en ai à vouloir vous aider et vous soutenir.

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